TGV: POURQUOI ANTIN INFRASTRUCTURE MET 1 MILLIARD D'EUROS DANS PROXIMA, LE FUTUR CONCURRENT DE LA SNCF VERS BORDEAUX

L'annonce a fait grand bruit. Un nouvel acteur, Proxima (un nom provisoire), entend concurrencer les TGV de la SNCF vers Bordeaux, Rennes, Nantes et Angers depuis Paris. Objectif: un lancement commercial en 2027 au mieux.

Mais à la différence de Railcoop ou de Midnight Trains qui ont renoncé faute d'argent, ou encore de Le Train qui boucle actuellement son financement et de Kevin Speed toujours en quête de fonds, le nouvel opérateur a un argument de taille: il annonce avoir levé 1 milliard d'euros auprès d'Antin Infrastructure Partners (qui devient donc son principal actionnaire).

De quoi sécuriser le financement de son lancement (notamment l'achat de 12 TGV à Alstom) après une longue et discrète préparation.

"Un projet qui fait sens"

Malgré une perspective de rentabilité assez lointaine, Antin est convaincu du succès de ce projet. Et ce pour plusieurs raisons.

"C'est un projet sur lequel on a passé beaucoup de temps, on a essayé de faire les choses dans l'ordre, de réfléchir aux besoins et trouver le projet qui fait le plus de sens", explique ce lundi sur BFM Business, Alain Rauscher, co-fondateur et Président Directeur Général d’Antin Infrastructure Partners.

"L'axe Atlantique est en plein essor, renforcer l'offre est une évidence", souligne-t-il. D'ailleurs, la SNCF n'a-t-elle pas décidé de proposer 300.000 places supplémentaires cet été vers la façade Atlantique et annoncé ajouter un aller-retour quotidien vers Bordeaux en Ouigo.

"On apporte un positionnement qui répond aux nouvelles mobilités. Le télétravail fait que beaucoup de gans habitent à Angers, Nantes, Bordeaux, vont travailler à Paris quelques jours par semaine et ont besoin de pouvoir travailler dans les trains", poursuit le dirigeant.

Sans Rachel Picard, "on ne serait pas allé dans cette aventure"

Mais pour Autin, c'est surtout l'expertise de Rachel Picard qui a fait la différence. Rappelons que cette experte du transport et du tourisme a dirigé jusqu'en 2020 la plateforme digitale voyages-sncf.com et Voyages SNCF (l’activité grande vitesse en France et en Europe), elle y a notamment développé Ouigo, un des grands succès commerciaux de la compagnie ferroviaire.

"Quand on fait un projet de cette ampleur, il est fondamental que des professionnels de très grande qualité soient à la manœuvre. Rachel est extrêmement estimée et expérimentée dans le secteur, sans elle, on ne serait pas allé dans cette aventure", admet Alain Rauscher.

À la SNCF, la perspective de voir une ancienne aussi importante de la maison piloter un concurrent fait d'ailleurs grincer quelques dents même si on affiche officiellement une grande sérénité sur les bienfaits de la concurrence.

D'ailleurs, Alain Rauscher ne se voit pas comme un adversaire frontal de l'entreprise publique.

"Nous pensons (qu'il y a une place pour une vraie concurrence, NDLR), on vise de transporter à terme 10 millions de passagers, les passagers TGV, c'est 320 millions de personnes, je préfère parler de complémentarité plutôt que de concurrence à la SNCF", avance le responsable.

"Le coût de la dette sera reflété dans les tarifs"

Reste que la question du retour sur investissement se pose. D'autant plus avec le contexte économique plus tendu avec des taux d'intérêt qui pourraient flamber avec la future Assemblée nationale.

Sans oublier, les péages à payer à SNCF Réseau sur Paris-Bordeaux qui sont parmi les plus chers du réseau, l'équilibre sera complexe à trouver, à moins que l'opérateur obtienne un rabais sur ce tarif comme lorsque Trenitalia s'est lancé en France.

Le milliard d'euros apporté par Antin se décompose de fonds propres et d'un complément en dette levée auprès de banques.

"La dette a un coût qui est ce qu'il est et ça sera reflété dans les tarifs à la fin que nous pratiquerons", glisse Alain Rauscher. Il ne faut donc pas trop miser sur du low cost pour cette offre, ni sur une politique tarifaire agressive face à la SNCF.

Proxima a pour ambition de faire la différence par le service. Rachel Picard promet ainsi "une autre vision de l’expérience du Train à Grande Vitesse".

"Ce qui nous différenciera, ce sera l’intérieur du train, ainsi que le service avant, pendant et après le voyage. Nous allons regarder les horaires de façon très précise et proposer une offre tournée vers les régions", précise-t-elle à Ville Rail et Transports. On a hâte d'en savoir plus.

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